Le « Juif » Mendès France. Généalogie de l’antisémitisme

juif_mendesPierre Mendès France a incarné un vibrant espoir de changement, au sein d’une IVe République s’enfonçant dans la décrépitude. Une gestion rationnelle et efficace du gouvernement et des affaires politiques fit de son mandat un modèle du genre, quoique par trop éphémère. C’est qu’entre autres malentendus et combinaisons politiciennes, certains n’oubliaient pas qu’il était juif, et s’acharnaient à le faire savoir, puisque telle était sa tare à leurs yeux.

Les attaques antisémites dont il avait l’objet avaient débuté dès les années trente, alors qu’il entamait sa carrière politique. Le régime de Vichy alla plus loin : tout d’abord, il mit en avant son portrait dans la sinistre exposition « Le Juif et la France », de manière à distinguer cet « étranger » du bon Français ; ensuite, il s’efforça de le clouer au pilori judiciaire, lui décernant un infâme brevet de trahison, laquelle – comme pour Dreyfus – résultait évidemment de sa judéité. Parvenu à s’évader et à rejoindre la France libre, Mendès France découvrit que l’antisémitisme n’y était pas absent. Indéniablement, une certaine France ne pouvait le souffrir.

Le fait pourrait-il expliquer cette passion méconnue de cet homme politique pour ses origines familiales ? Il avait constitué un vaste fonds d’archives retraçant la généalogie de sa famille, lequel était riche en révélations. C’est ainsi qu’il découvrit que son ancêtre portugais Luis Mendes de Franca fut, à la fin du XVIIe siècle, dut s’exiler en France pour fuir l’Inquisition, qui le suspectait d’être Juif, donc de la race maudite des « assassins du Christ », alors qu’il n’était autre que… catholique ! Réfugié à Bordeaux, il donna naissance à la lignée des Mendes France, mais, par réaction aux atrocités du Saint-Office, embrassa le judaïsme. Au siècle suivant, un autre Mendès France, Isaac, négociant, fut traîné en justice, pour esclavagisme, mais le chef d’accusation relevait davantage du prétexte : ce qui suscitait l’ire des juges, c’étaient bel et bien les origines juives du prévenu.

La généalogie de « P.M.F. » en révèle donc moins sur ce dernier que sur plusieurs siècles d’antisémitisme dont la virulence ne se réduisit jamais, de l’Inquisition à Vichy. Ainsi, davantage qu’une nouvelle biographie de Pierre Mendès France, Gérard Boulanger nous livre les clefs permettant de saisir la personnalité de cet homme d’exception, de par son rapport avec son identité, sa culture, et son image, mais nous donne également un outil d’analyse de ce crétinisme qui depuis trop longtemps souille une partie des mentalités françaises. En d’autres termes, un ouvrage curieux, savant, et pénétrant, sur un individu que l’on croyait connaître, et une haine que l’on suppose amenée à durer.

Nicolas Bernard
Titre : Le « Juif » Mendès France. Généalogie de l’antisémitisme
Auteur : Gérard Boulanger
Editeur : Calmann-Lévy
Nombre de pages : 365
Publication : février 2007
Prix : 21,50 €
ISBN : 978 2 7021 3687 4

 

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