Le sang des Bourbons

le_sang_des_bourbonsOn l’oublie trop souvent, la Révolution est devenue violente avant que ne soit inscrite « la Terreur à l’ordre du jour ». A cet égard, l’année 1792 constitue indéniablement un prologue au exactions qui vont suivre – le sang royal, celui des Bourbons, n’étant pas le premier à être versé.

10 août 1792. Louis XVI est chassé des Tuileries par la populace excitée et encadrée par les révolutionnaires radicaux, ses gardes suisses étant massacrés dans d’atroces conditions. L’impopularité de la famille royale est, il est vrai, à son paroxysme. On ne lui a pas pardonné sa fuite interrompue à Varennes, l’an dernier, ni sa politique d’obstruction aux réformes de l’Assemblée législative. Mais depuis l’entrée en guerre de la France contre les grandes puissances européennes en avril 1792, cette haine devient de plus en plus paranoïaque : le Roi et la Reine sont accusés d’être inféodés à l’envahisseur étranger – un soupçon effectivement vérifié – ce qui pousse les partisans d’une abolition de la monarchie à leur imputer, de manière cette fois exagérée, la totalité des troubles civils et des mécomptes rencontrés par l’armée révolutionnaire. La prise du palais des Tuileries consacre ainsi cette orientation antiroyaliste de la Révolution, outre d’ériger un pouvoir ad hoc, la Commune insurrectionnelle, de nature à concurrencer, voire à influencer, l’Assemblée législative régulièrement élue (au suffrage censitaire).

L’ouvrage de Marie-Hélène Baylac se consacre ainsi à six mois de cette époque ô combien troublée, d’août 1792 à janvier 1793, de la mort de Louis XVI en tant qu’autorité royale à sa mort en tant que personne physique, guillotiné sur la Place de la Révolution après une parodie de procès. Six mois décisifs, en effet : l’invasion étrangère sera repoussée, la République proclamée, le Roi jugé et exécuté, alors que prolifère la guerre civile. Parallèlement à ces événements, l’auteur nous décrit les conditions de vie de la famille royale parquée à la Tour du Temple, ramenant la Révolution à des proportions plus individuelles, sans exagérément sombrer dans le pathos royaliste. Louis XVI, devenu Louis Capet, ne sait pas se défendre et fait mauvaise impression devant ses juges – l’on n’ose imaginer les effets d’un plaidoyer qu’aurait réalisé Jean Jaurès à sa place…

L’étude est, c’est le moins que l’on puisse dire, rigoureuse, fondée essentiellement sur des sources primaires (archives et presse de l’époque, abondamment citée) confrontées aux mémoires parfois intéressés, mais soumis à la critique historique, des survivants de la période. Marie-Hélène Baylac insiste sur le caractère peu démocratique de la naissance de la République. A propos des massacres de septembre 1792, par exemple, elle soutient la thèse d’une épuration relativement organisée, effectuée par quelques centaines de « patriotes » radicaux excités par la presse extrémiste, encadrés par les sections locales, et encouragés par la Commune insurrectionnelle, ce dans un contexte où les défaites militaires ainsi que la peur – parfois légitime – des complots monarchistes excitent la haine envers les représentants de l’Ancien Régime, tels que les prêtres réfractaires. C’est là adopter une thèse pour le moins discutée, certes crédible mais à condition de ne pas oublier que ces massacres ont tout de même fait frémir bien des pontes de ladite Commune insurrectionnelle, ce que ne conteste pas Mme Baylac, mais elle ne s’y attarde pas – voir, pour un compte-rendu de la polémique historiographique relative à ce sanglant épisode.

En toute hypothèse, ces massacres permettent à une minorité radicale d’imposer ses vues à une majorité terrorisée – mais cette majorité était-elle tout de même si favorable au Roi ? Toujours est-il que la République est proclamée dans cette ambiance, sans débat – mais n’est-ce pas parce que la monarchie était effectivement discréditée ? Difficile de démêler la peur de la sincère conviction idéologique des uns et des autres dans leurs choix du moment.

Marie-Hélène Baylac insiste également sur les stratégies personnelles des différents chefs révolutionnaires, tels que Roland, Brissot ou Danton, chacun pratiquant le double-jeu et l’art de couvrir ses arrières avec virtuosité, au point, pour Danton, de – peut-être – négocier avec les Prussiens l’interruption de leur offensive ou avec les Anglais l’exfiltration de la famille royale. Elle revient sur les différents complots royalistes destinés à sauver le Roi et la Reine, qui échoueront tous, soit par malchance, soit par amateurisme des conjurés. L’auteur n’en souligne pas moins un élément méconnu du grand public, à savoir une réelle tendance de l’opinion à ne pas totalement rallier les radicaux, à rejeter leur violence et leur extrémisme, notamment dans les jours qui précèdent l’exécution du Roi.

En d’autres termes, cet ouvrage n’est pas seulement intéressant en ce qu’il relate, avec talent et pudeur, les derniers mois d’un monarque raté, ce qui a déjà été fait maintes et maintes fois, mais en ce qu’il permet de dissocier le peuple de l’image que s’en faisaient les révolutionnaires, ce pour légitimer leur politique de terreur. En ce sens, ils ne pouvaient, comme l’avait dit Robespierre, se contenter de renverser Louis XVI : il fallait, en outre, l’exécuter, car du versement de ce sang impur naîtrait une République garantissant la liberté et l’égalité des citoyens.

Nicolas Bernard
Titre : Le sang des Bourbons
Auteur : Marie-Hélène Baylac
Editeur : Larousse
Collection : L’Histoire comme un roman
Nombre de pages : 318
Publication : juin 2009
Prix : 18 €
ISBN : 978-2035839879
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