L’Italie fasciste et la persécution des Juifs

italie_fasciste_juifsLa persécution des Juifs par le régime fasciste, après quelques amorces au cours des premières années du régime, ne revêtira un caractère officiel qu’en 1938. On a souvent attribué l’irruption des lois antisémites en Italie à une volonté de Mussolini de s’intégrer à l’alliance allemande et d’offrir ainsi une concession à Hitler. Rien de plus faux, démontre l’historienne Marie-Anne Matard Bonucci. A l’époque, Mussolini n’avait point encore totalement cimenté son alliance avec Berlin au point de vouloir l’imiter. Au contraire, l’évolution antisémite du système totalitaire était une conséquence, fort difficilement évitable, de la dynamique interne et révolutionnaire du régime. Soucieux de rechercher le prototype de l’homme nouveau pour renforcer la cohérence de l’idéologie et justifier la récente conquête de l’Ethiopie, à l’origine d’un équivalent de l’Apartheid à l’égard de l’ancien peuple du Négus.

Preuve de la dimension intrinsèquement raciste du fascisme, cet affichage – quoique tardif – de l’antisémitisme sera facilement avalisé par les administrations du pays, et donnera lieu à un vaste cortège de discriminations, d’emprisonnements et de spoliations. Toutefois, il faut tenir compte des prises de position de l’armée italienne, qui saura protéger les Juifs des zones d’occupation mis à sa disposition : retenir, comme le fait l’historienne, un faisceau d’indices vaguement définis et liés à des impératifs diplomatiques équivoques, paraît singulièrement réducteur, et simplifie la complexité des comportements humains. Le fait est que le quart de la communauté juive d’Italie périra du fait de la « Solution finale », soit 7.658 victimes assassinées, et non point grâce au régime mussolinien, mais bien malgré lui. Sans oublier les équivoques du Saint-Siège, oscillant entre silence et sauvetage actif.

L’ouvrage de Marie-Anne Matard-Bonucci, sans doute insuffisant pour ce qui concerne l’action salvatrice de l’armée italienne, constitue une étude remarquable de la mise en pratique d’un antisémitisme d’Etat par un gouvernement totalitaire, et de la corruption morale qui en découle, ce pour mieux camoufler sa faillite idéologique.

Nicolas Bernard

Titre : L’Italie fasciste et la persécution des Juifs
Auteur : Marie-Anne Matard-Bonucci
Editeur : Perrin
Nombre de pages : 600
Publication : janvier 2007
Prix : 24,50 €
ISBN : 978 2 262 02540 3

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