Retour sur le XXe siècle. Une histoire de la pensée contemporaine

retour_XXe_siecle_judtLa mort inopinée de Tony Judt, cette année, nous aura privés de l’un des plus subtils historiens de notre époque. Il suffit de se reporter à son magistral Après-Guerre pour apprécier à sa juste valeur l’intelligence et la perspicacité d’un auteur qui ne s’embarrassait, par ailleurs, d’aucun sens du « politiquement correct ». L’on ne peut alors que trouver quelque réconfort dans l’initiative des éditions Héloïse d’Ormesson de publier un recueil de ses articles.

A dire vrai, ledit recueil se constitue souvent de recensions – longues et argumentées – d’ouvrages que Judt soumet au feu roulant de son esprit critique. De même que la « guerre en dentelles » restait, avant tout, la guerre, une réfutation polie demeure toujours une réfutation. Le fait est que l’historien britannique ne craignait nullement d’encourir les foudres de diverses maisons d’édition, certaines de ses critiques étant absolument dévastatrices – et les infortunés David Cesarani (auteur d’une biographie récente d’Adolf Eichmann, ici commenté par Judt pour une biographie effectivement discutable d’Arthur Koestler) et Michael Gaddis (spécialiste de la Guerre Froide un tantinet triomphaliste) auront à s’en mordre les doigts… Ces chroniques ont surtout donné l’occasion à Judt de se livrer à ses propres interprétations du XXème siècle, en particulier sur la suprématie acquise par les Etats-Unis, les tourments mémoriels de la France (et la rupture de 1940), les aléas de l’histoire israélienne, ou encore le devenir de la Grande-Bretagne. Manière aussi pour l’auteur de s’inquiéter sur le sort promis aux services publics en Europe, face à un libéralisme galopant et faisant primer le profit sur le bien de la collectivité.

Tony Judt s’est également interrogé sur la place des intellectuels dans l’histoire, s’attardant sur les cas de Koestler, Camus, Primo Levi, Hannah Arendt, Manès Sperber… et Althusser (qui en prend pour son grade). Il remet en outre le surestimé Eric Hobsbawm à sa place, démontrant implacablement que l’incapacité d’Hobsbawm à prendre ses distances avec le marxisme a vicié son œuvre et ses analyses, dont il est actuellement fait grand cas. Feu Jean-Paul II est également décrit pour ce qu’il était : un maître de communication, investi à fond dans la croisade contre le communisme, mais fossilisé dans le conservatisme, d’où le paradoxe apparent de son inadaptation flagrante à la réalité post-soviétique.

Impossible de résumer un tel ouvrage, lequel constitue un impossible résumé de cet empêcheur de penser en rond. Il n’en demeure pas moins parfaitement accessible au profane, Judt combinant avec maestria la rigueur du raisonnement à la limpidité du style.

Nicolas Bernard
Titre : Retour sur le XXème siècle. Une histoire de la pensée contemporaine
Auteur : Tony Judt
Éditeur: Editions Héloïse d’Ormesson
Nombre de pages : 618
Publication : octobre 2010
Prix : 27 €
ISBN : 978-2350871462
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