Comment de Gaulle fit échouer le putsch d’Alger

degaulle_putsch_alger« Le putsch des généraux ! Cet événement est-il digne de figurer dans « la mémoire du siècle » ? » Ainsi s’interrogeait l’historien Maurice Vaïsse en 1983 dans la première édition de son ouvrage consacré à la tentative de coup d’Etat des généraux d’Alger en avril 1961. L’effondrement rapide de la conjuration va en faire oublier sa dangerosité du moment. La réplique fulgurante de De Gaulle, fustigeant le « quarteron de généraux » à l’origine de l’affaire, achèvera de ridiculiser cette dernière pour la postérité. Bref, le putsch d’Alger n’aurait été pratiquement qu’un « non-événement », une pitoyable tentative d’une pincée d’officiers d’inverser la marche implacable de l’Histoire vers l’indépendance algérienne.

Trente ans après la première parution de 1961. Alger, le putsch, aux éditions Complexe, et cinquante ans après cet épisode, Maurice Vaïsse se livre à une analyse profondément renouvelée de ses circonstances, de ses origines, de ses conséquences. Levée d’archives, publication de correspondances et de témoignages nouveaux, lui ont permis de compléter le tableau qu’il avait alors esquissé de cette conspiration militaire – et de la manière dont elle fut écrasée. La première partie de l’ouvrage revient ainsi sur les quatre jours de ce pronunciamento, préparé non sans habileté par des cadres de l’armée française en Algérie, et qui suscite une réelle inquiétude en métropole.

Maurice Vaïsse s’attarde ensuite sur les origines de ce coup de force, qui découle surtout d’une montée en puissance de l’armée française depuis les guerres de décolonisation, sur fond de rupture progressive entre la « Grande Muette » et le pouvoir politique. C’est, en effet, l’armée qui a contribué à abattre la IVème République et qui a aidé De Gaulle à fonder la Vème République… Devant le processus de désengagement de la France de la Guerre d’Algérie, l’armée a, de nouveau, cherché à imprimer sa marque sur les événements, sachant que les motivations des différents conspirateurs, notamment les généraux Challe, Salan, Jouhaud et Zeller, semblent avoir répondu, malgré leur convergence, à leurs tempéraments spécifiques.

Pourquoi l’échec ? Maurice Vaïsse en détaille les motifs, rappelant au préalable que le putsch a réellement pris l’Etat par surprise. Or, la réaction de De Gaulle a été à la hauteur du choc : dictant à son gouvernement et à l’armée la politique à suivre, il sait profiter des médias pour délivrer une allocution qui, d’emblée, lui fait gagner la bataille de l’opinion, déterminant immédiatement les enjeux (l’avenir de la France, le risque de guerre civile) tout en humiliant l’adversaire (et faire définitivement entrer le terme « quarteron » dans l’Histoire). Les différents mouvements politiques, de même que le peuple, ainsi que l’administration (notamment préfectorale) le soutiennent, ainsi que le contingent. De leur côté, les conspirateurs ont monté leur affaire à la manière de techniciens doués (et encore…), sans s’attacher au préalable l’appui de la communauté européenne d’Algérie, qui leur était pourtant acquis mais n’a pu constituer un atout de poids dans le déroulement du putsch. Ils étaient également dépourvus d’une vision politique à long terme, incapables de déterminer une alternative crédible à l’autonomie puis à l’indépendance algérienne.

Les conséquences de leur faillite ont été décisives pour l’avenir de la France et de l’Algérie. En premier lieu, elle sonne le glas de l’Algérie française, la métropole s’étant définitivement rangée derrière De Gaulle. En outre, elle concrétise la légitimité républicaine du Général, qui s’est fait le garant des institutions démocratiques et a su s’assurer du soutien des autres partis politiques – il ne tardera pas à présidentialiser le régime en instaurant l’élection du Président de la République par le suffrage universel direct. L’échec des putschistes permet également à De Gaulle de mater l’armée, de manière à la transformer en une force moderne, dotée de la puissance de frappe nucléaire, et cette fois fidèle à la République. En un sens, cette dernière manifestation violente aura contribué à faire rentrer l’armée dans le rang, et à consolider les institutions de la jeune Ve République.

Nicolas Bernard
Titre : Comment de Gaulle fit échouer le putsch d’Alger
Auteur : Maurice Vaïsse
Editeur : Editions André Versaille
Nombre de pages : 352
Publication : février 2011
Prix : 19,90 €
ISBN : 978-2874951312
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