Dictionnaire de Gaulle

dico_de_gaulleDepuis quelques décennies, la figure du général de Gaulle a suscité une telle abondance d’écrits et de portraits qu’il paraissait judicieux d’esquisser une synthèse vivante de toutes les connaissances acquises ou revues à son endroit. La forme choisie, qui avait déjà  fait le succès du Dictionnaire Napoléon, se prêtait admirablement au personnage du « Connétable ». Le grand dessein proclamé en exorde n’est d’ailleurs point seulement de proposer une somme érudite et agréable, mais bien de nourrir « une réflexion inédite sur de Gaulle et son siècle ». Le pari était audacieux, et il fallut bien la mobilisation exceptionnelle de trois cents auteurs, universitaires et spécialistes renommés, croisant les approches selon les différentes disciplines appelées à la barre, pour relever le gant.

Comme il convenait, le Dictionnaire accorde une place prépondérante à la biographie, celle du Général bien sûr, qu’une infinité de sujets, grands ou petits, nobles ou anodins, dessine à chaque page, mais également celle des personnes qui émaillèrent son parcours : diplomates, généraux, écrivains, hommes d’Etat français et étrangers se rencontrent avec pour seul point commun un fragment de la perception gaullienne. C’est ainsi que le général Juin côtoie Jean-Paul Sartre, Michel Debré, François Mauriac ou Roosevelt. Le curieux mélange de passions, tantôt déférentes, tantôt hostiles, offre un saisissant contraste dont l’unité de la composition ne pâtit jamais, car le moindre regard contribue à  éclairer un pan méconnu du tableau. Comment la biographie ne serait-elle point reine en cette époque qui vit surgir et périr tant de monstres sacrés ? Mais l’histoire de France, sous ses multiples facettes, lui dispute fièrement la palme. L’économie et les finances apparaissent dans l’article éponyme, qu’un florilège de références vient agrémenter : le Franc, la Rénovation, le Dirigisme, la Participation, la Politique sociale. Sous la présidence gaullienne, l’heure était à la modernisation d’une société longtemps ancrée dans la tradition. Les profondes réformes de, l’Education nationale, l’émancipation babutiante des Femmes, l’intrusion de la Télévision dans les foyers et le séisme de Mai 68 modelèrent ainsi le visage d’une France nouvelle. Par deux fois le Général accéda au pouvoir, certes dans des conditions fort différentes, mais qui ne manquaient point de se faire écho. Si la France de 1958 ressemblait peu à celle de 1944, de Gaulle n’oublia point ses lointaines déconvenues et les mit à  profit pour asseoir sa légitimité. Le Dictionnaire pose dès lors moult questions de nature institutionnelle, le dialogue de la légitimité historique et de la légalité révélant parfois d’infimes dissonances.

Le politique, que de Gaulle entendait au sens aristotélicien, se taille naturellement la part du lion. Comment pouvait-il en être autrement ? L’œuvre accomplie entre 1940 et 1969 justifie toutes les allusions à la France libre, au Gouvernement provisoire, A l’offensive du RPF et à l’héritage de la Ve République. L’histoire de ces époques orageuses mérite bien des égards, mais c’est l’empreinte qu’elles reçurent du Général que les historiens affinent et cristallisent. Il en va de même pour la Seconde Guerre mondiale ou l’Algérie, qui favorisèrent l’ascension de ce soldat. Jamais le Dictionnaire ne confond les styles, la biographie et l’éloge, l’Histoire et la Mémoire. Devant l’ombre de Jean Moulin et de la Résistance, les historiens conjuguent les lectures pour éviter l’écueil de la vulgate commémorative. Il est d’autant plus opportun de distinguer le Mythe de l’Histoire que de Gaulle prenait un malin plaisir à tisser sa propre légende. Homme de son temps et anachronisme vivant, sa conception sacrale du politique n’étouffait point son goût pour la Realpolitik, notamment dans la partition diplomatique. A ce propos, le Dictionnaire déchire quelques mensonges sur l’attitude que le Général adopta face à l’Europe, l’OTAN et même l’ONU. L’échec de sa politique internationale ne fut d’ailleurs qu’une brève éclipse, car l’Histoire ne tarda point à renouer avec elle. Pierre après pierre, l’homme d’Etat se dévoile et, cerise sur le gâteau, l’homme intime s’abandonne par petites touches souvent cocasses (l’Humour, le Canard enchaîné, le Moi, les Cigares ou le Naufrage). Avec ses mille entrées, ses compléments bibliographiques et ses titres malicieux, le Dictionnaire gagne aisément son pari de l’unité dans la diversité.

Nicolas Pavillon

Titre : Dictionnaire de Gaulle
Auteur : Claire Andrieu & Phlippe Braud & Guillaume Piketty (sous la direction de)
Editeur : Robert Laffont
Collection : Bouquins
Nombre de pages : 1265
Publication : décembre 2006
Prix : 31 €
ISBN : 2-221-10280-0

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