Correspondance générale, tome III. Pacifications 1800-1802

correspondance_napoleonEn 2001, la Fondation Napoléon conçut l’ambitieuse idée de publier la Correspondance générale de l’Empereur. Menée à bien par un Comité sous la présidence de Victor-André Masséna, réunissant les plus éminents historiens de l’épopée napoléonienne (tels Jean Tulard, Jacques-Olivier Boudon, Thierry Lentz, Jacques Jourquin, André Palluel, Michel Kerautret, etc.), les grandes institutions d’archives françaises et étrangères, ainsi qu’une cohorte de « napoléonistes » fervents, la moisson engendre aujourd’hui un troisième volume, riche de 2567 lettres annotées et de 1408 pages recouvrant les deux premières années du Consulat, de janvier 1800 au mois de décembre 1802.

L’aube du Consulat permit une profonde réorganisation de la France, que le Directoire, en s’effondrant, laissait en proie au marasme. Bonaparte comprit que la France était fin prête à tourner la page de la Révolution pourvu que l’Etat assurât l’ordre et que les conquêtes civiles de 1789 fussent sauvegardées. Il favorisa une politique de réconciliation nationale, abrogea la loi des otages, rappela les proscrits du 18 Fructidor, remit les prêtres en liberté, déclara close la liste des émigrés, assura la pacification religieuse par la signature du Concordat (16 juillet 1801), accorda une amnistie générale. La chouannerie s’éteignit dans les départements de l’Ouest dès les premiers mois de 1800 et le brigandage fut sévèrement réprimé. Sous les auspices de Gaudin, les finances de la République connurent un prompt assainissement ; la création de la Direction des contributions indirectes autorisa l’acquittement régulier des impôts ; celle de la Caisse d’amortissement et de la Banque de France contribua à consolider le crédit de l’Etat. Aussi, dès 1802, le Premier Consul put-il légitimement se prévaloir d’un budget en équilibre.

Soucieux de balayer l’anarchie révolutionnaire, le Consulat s’engagea dans une vive réaction en renouant avec la tradition centralisatrice de la monarchie absolue : la loi du 8 pluviôse an VIII (17 février 1800) abolissait de facto la démocratie à l’échelon des communautés locales en plaçant chaque circonscription administrative sous la tutelle d’un délégué du gouvernement (le préfet, le sous-préfet et le maire). Jamais la France n’avait connu une telle omnipotence de l’Etat. Dans le même esprit, la réforme judiciaire du 27 ventôse an VIII (18 mars 1800) remplaça les juges élus par des magistrats nommés par le gouvernement. Bonaparte posa également les fondements d’une nouvelle société hiérarchique, formée dans les lycées (1er mai 1802) et récompensée par l’attribution de la Légion d’honneur (18 mai 1802).

La concorde intérieure rima avec la pacification extérieure : après les victoires de Bonaparte à Marengo et de Moreau à Hohenlinden, les Autrichiens se résignèrent à signer la paix de Lunéville (9 février 1801), qui confirmait le traité de Campoformio, cédait à la France toute la rive gauche du Rhin, reconnaissait les Républiques Cisalpine, Ligurienne, helvétique et batave, et laissait le Premier Consul disposer de la Toscane pour conclure un arrangement avec les Bourbons d’Espagne. Après l’évacuation de l’Egypte par les Français, l’Angleterre, demeurée seule, accepta à son tour, par le traité d’Amiens (25 mars 1802), de négocier une paix que l’opinion des deux pays salua comme la fin d’une éprouvante décennie de guerres révolutionnaires, mais qui ne devait être qu’une trêve éphémère.

Ce troisième tome dévoile un Bonaparte plus impersonnel, froid et autoritaire, les mentions manuscrites disparaissent lentement au profit de l’orthodoxie bureaucratique et les sujets de nature politique envahissent le quotidien. Le Premier Consul avait, dans sa « garde rapprochée », un précieux secrétaire d’Etat, Maret, et un secrétaire général des Consuls, Lagarde, maître des archives. Son ancien condisciple de Bienne, Bourrienne, devint son secrétaire particulier et se rendit indispensable par son exceptionnelle mémoire. Le chef de l’Etat put ainsi décider de tout, des grandes orientations diplomatiques aux détails les plus infimes.

La Correspondance n’est point un simple recueil de lettres munies de notes éclairantes, bien que ce soit l’essentiel. Le volume comprend en effet différentes études pour l’édification des lecteurs : un portrait de Bourrienne finement ciselé par Jacques Jourquin, un brillant exposé de la politique consulaire aux Antilles sous la plume de Thierry Lentz, qui nous offre ainsi un avant-goût de son ouvrage, Napoléon, l’esclavage et les colonies, récemment publié chez Fayard, une présentation minutieuse des finances publiques du Consulat signée Pierre Branda et un tableau de l’armée de réserve en Italie brossé par Gabriel Madec. Des cartes, une chronologie de plus de vingt pages, un catalogue des sources et un index détaillé des noms de personnes viennent agrémenter un étonnant corpus, que tout passionné d’histoire consulaire se doit de posséder dans sa bibliothèque.

Nicolas Pavillon

Titre : Correspondance générale, tome III
Auteur : Napoléon Bonaparte
Editeur : Fayard
Nombre de pages : 1408
Publication : mai 2006
Prix : 52 €
ISBN : 2-213-62937-4

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