Emile Guillaumin. Un paysan en littérature

emile_guillauminEmile Guillaumin est aujourd’hui une figure relativement oubliée de la littérature française de la Belle Epoque mais n’en est pas moins encore un personnage à part, dont le travail, le parcours et les écrits littéraires et journalistiques sont très précieux pour les historiens qualifiés de « ruralistes ». C’est surtout pour son roman, « La vie d’un simple » publié chez Stock en 1904, qu’est connu Guillaumin. Cet écrivain, qui n’a jamais quitté sa condition de petit propriétaire exploitant, décrit de l’intérieur, sous une forme romanesque, la réalité des conditions de vie de la petite paysannerie française de l’époque. Le roman qui manquera de peu la consécration du Goncourt, constitue un témoignage de première main alors que la figure de son auteur demeure originale dans le paysage littéraire de notre pays. Car fils d’un modeste ouvrier agricole, Guillaumin est titulaire du seul certificat d’étude et a quitté l’école dès l’âge de treize ans.

C’est un personnage aux multiples facettes que nous fait découvrir, au fil de ces pages, Agnès Roche. S’appropriant une portion certes marginale du champ littéraire français, ce « dominé » n’en a pas moins toujours été très attaché à sa terre ainsi qu’à son indépendance politique. Si la percée du mouvement régionaliste n’est pas étrangère à son succès, Guillaumin n’en reste pas moins un homme que l’on peu qualifier « de gauche », sensible à la misère paysanne et au mépris de l’élite urbaine vis-à-vis d’un monde qu’elle méconnaît, voire combat. Bien que sollicité par Georges Valois, c’est la figure d’un vrai républicain, engagé dans le syndicalisme paysan, que met en avant notre biographe qui souligne également le refus entêté de Guillaumin à rejoindre la SFIO et, plus tard, le PCF.

Confronté à la guerre, c’est aussi le défenseur d’un pacifisme intégral qui se fait jour à la lecture de cet ouvrage. Refusant l’idée de l’enrichissement relatif du monde paysan à l’occasion de la Première Guerre mondiale – pourtant défendue avec des arguments de poids par les contemporains et par certains historiens – Emile Guillaumin suit en fin de compte une trajectoire politique relativement semblable à celle de la majorité de ses homologues petits propriétaires exploitants, attachés à la propriété privée mais conscients de la nécessité d’une certaine mise en commun des moyens.

La chute des ventes de ses ouvrages, les attaques de plus en plus acerbes de la critique et la réticence croissante des éditeurs à son endroit vont pousser Guillaumin, après-guerre, à s’orienter vers le journalisme que jusqu’ici il avait fuit. Ce sont donc, outre ses travaux purement littéraires, près de 900 articles – publiés plus tard en volumes – qu’il faut mettre à l’actif de l’écrivain-paysan. La pertinence et la proximité de l’analyse font de ce corpus une somme remarquable à bien des égards. La constitution d’un réseau de relations dans le monde de l’élite intellectuelle parisienne du temps (Daniel Halévy, par exemple) a bien évidemment aussi retenu l’attention d’Agnès Roche.

Ce cours volume constitue une synthèse intéressante d’histoire rurale et éclaire l’image d’un « intellectuel frontalier », cantonné à un « entre deux social », et condamné à demeurer à la marge ; c’est-à-dire emprisonné dans l’image irrecevable d’un paysan sorti de sa condition par ses propres moyens et donc caricaturé par beaucoup mais reconnu par très peu.

M. B.

Titre : Emile Guillaumin
Auteur : Agnès Roche
Editeur : CNRS Editions
Nombre de pages : 166
Format : 170 x 240 mm
Publication : octobre 2006
Prix : 22 €
ISBN : 2-271-06471-6

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