Histoire de la Prusse

histoire_prusseLa Prusse fait partie de ces empires « météores » qui s’élèvent brusquement, s’embrasent et disparaissent dans le mouvement précipité de l’Histoire. Son nom s’est étendu à toutes les parties de la monarchie de Brandebourg, cependant, il n’appartient en propre qu’à l’ancienne province polonaise parcourant la Baltique entre le Niémen et la Posnanie. Une somme incroyable d’opportunités heureuses et de volontés politiques a érigé cette langue de terre en un vaste Etat, perpétuellement guetté par la changement et la démesure. En effet, l’agrandissement qui ne cesse d’affecter la Prusse n’est pas un vulgaire glissement aléatoire, mais le fruit lentement formé autour d’un noyau originel désiré par des monarques impatients d’introduire la Prusse dans le concert des grandes puissances.

Instrument de l’unité allemande, la Prusse lègue à l’empire bismarckien un héritage prégnant, militaire certes, mais également culturel, religieux et moral, dont les effets terrassent la France à différentes reprises et traumatisent l’Europe. Ce n’est donc pas un hasard si le nom même de la Prusse demeure honni, comme si la malédiction autrefois jetée se perpétuait aux dépens de ce mauvais génie qui aurait perverti la « douce Allemagne » et transformé la « terre des philosophes » chantée par Madame de Staël en brigand casqué et botté. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le ressentiment pousse les Alliés à étouffer le « fléau des temps modernes » en rayant la Prusse de la carte d’un simple trait de plume. Mais le 25 février 1947, jour solennel de sa damnation, la Prusse n’est plus guère qu’une lointaine survivance du passé, d’abord dissoute dans le socle constitutionnel de 1871, puis trançonnée lors de la défaite de 1918, et finalement arasée par le IIIe Reich.

Au-delà de l’exécration contemporaine de cet épouvantail de l’Histoire, l’opinion française et européenne a longtemps hésité entre l’admiration et la répulsion : l’indulgence triompha, apportant sans vergogne sa modeste pierre à l’édifice des victoires prussiennes des XVIIIe et XIXe siècles. Les Allemands ne se sentaient pas moins partagés envers ce Janus qui les maltraitait tout en offrant les bienfaits d’un ordre rationnel et l’espoir de l’unité nationale. De facto, la Prusse ne se laisse pas enfermer dans des assertions péremptoires, contraignant bien souvent l’écrivain à déployer toute la palette des nuances historiques, dont Michel Kerautret, jadis professeur au Collège de Berlin et à l’Ecole pratique des hautes études, joue avec un art consommé. Son oeuvre permet enfin de combler une lacune de l’historiographie française et de dévoiler la Prusse dans sa nature profonde et ses tourments, de ses origines médiévales à son absorption dans le corps germanique.

Nicolas Pavillon

Titre : Histoire de la Prusse
Auteur : Michel Kerautret
Editeur : L’Univers historique-Seuil
Nombre de pages : 513
Publication : octobre 2005
Prix : 29 €
ISBN : 2-02-041698-0

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