La France et l’Europe de Napoléon

France_Europe_napoleonLes éditions Armand Colin nous avaient déjà agréablement surpris en publiant la magistrale Révolution française de Michel Biard et Pascal Dupuy. Elles récidivent aujourd’hui avec La France et l’Europe de Napoléon, dont le propos s’inscrit naturellement dans le prolongement chronologique de son aînée révolutionnaire et directoriale. Il n’est plus vraiment nécessaire de présenter son auteur, Jacques-Olivier Boudon, successeur de Jean Tulard à la Sorbonne et président de l’Institut Napoléon. Fin connaisseur de l’histoire religieuse européenne au XIXe siècle, il a également commis récemment une brillante Histoire du Consulat et de l’Empire, que le présent manuel complète à merveille. Depuis plus de deux siècles maintenant, l’épopée de Napoléon Bonaparte continue de fasciner les esprits. Qu’il suscite l’admiration ou le rejet, l’homme ne laisse personne indifférent, cela va de soi. Or, l’amoncellement d’une incroyable bibliographie brouille quelque peu la double image d’un « destin romanesque ».

Jacques-Olivier Boudon se propose donc de simplifier la tâche de l’étudiant ou du néophyte passionné. Depuis trois décennies, l’historiographie impériale a connu un renouvellement profond, enrichi de nombreuses références françaises et étrangères. A l’écho traditionnel des champs de bataille et des réunions du Conseil d’Etat se mêle désormais le murmure du monde de la campagne et de la ville, longtemps banni de la tribune historique. Pour embrasser une documentation aussi pléthorique, une nouvelle synthèse s’imposait qui, sans jamais négliger les apports anciens, mît en valeur les fruits des dernières recherches. L’épisode napoléonien fut un moment crucial dans la genèse de la France moderne. Les années séparant le coup d’Etat de Brumaire de la défaite de Waterloo modelèrent le visage de l’Europe. Après une longue décade de tumultes révolutionnaires, la France souhaitait la signature de la paix ainsi que la restauration de l’ordre. Malgré l’espoir éphémère d’Amiens, elle n’eut pas la première ; en revanche, la seconde lui revint plus que de raison.

L’une des qualités de l’ouvrage est de montrer comment, au fil du temps, le régime de l’An VIII, soucieux de cultiver indistinctement la grandeur nationale et le consentement populaire, sombra dans une spirale belliqueuse et autoritaire. De Premier Consul de la « République », Napoléon Bonaparte devint, au lendemain de la paix de Tilsit, l’Empereur d’une vaste partie de l’Europe. La consolidation des acquis de la Révolution le céda peu à peu à l’adoption d’une législation liberticide. Le désir sincère de conclure une paix honorable avec la Grande Bretagne s’effaça bientôt derrière la volonté inflexible de régenter le continent. Aussi l’auteur ne peut-il être accusé de complaisance à l’égard de Napoléon. De gré ou de force, la France s’acclimata à la culture de guerre héritée de la Révolution, une manière de vivre qui ne fut pas étrangère à l’éclosion d’une monarchie nouvelle, plus absolue que l’ancienne. Cependant, la course à l’abîme ne vint pas seulement d’un homme, mais d’un engrenage, le feu alimentant le feu, la guerre et les humiliations nourrissant la rancœur des coalisés.

La succession des batailles et des grandes réformes consulaires est bien connue : non content de bousculer l’art de la guerre, Napoléon façonna une œuvre monumentale qui toucha tous les domaines : l’administration, la justice, l’éducation, les finances, la religion. Le récit s’attache ainsi à peindre les nombreuses facettes de la société française sous l’Empire ; la population, le monde rural, la trame urbaine et la culture font l’objet d’observations originales et nuancées, puisées aux meilleures sources. Mais le pinceau de l’historien accorde la place de choix à la description de l’Europe telle qu’elle fut au moment de sa sujétion, puis de sa rébellion. Les germes de 1789, répandus par les armes, finirent tout de même par imprégner la pensée des peuples européens enclins à revêtir les idéaux révolutionnaires d’un manteau national. Enfin, un ensemble de cartes et de compléments bibliographiques couronnent une lecture captivante, à laquelle ne manquent qu’une frise chronologique et un index nominum.

Nicolas Pavillon

Titre : La France et l’Europe de Napoléon
Auteurs : Jacques-Olivier Boudon
Editeur : Editions Armand Colin
Nombre de pages : 343
Publication : février 2006
Prix : 30 €
ISBN : 2-200-26533-6

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