Les fantômes du roi Léopold. La terreur coloniale dans l’Etat du Congo (1884-1908)

congo_leopoldAvant d’avoir la chance de connaître les tyrans de la décolonisation que furent Mobutu et Kabila, le Congo avait déjà été victime d’un régime de terreur, celui des colonisateurs belges. Le paradis de la colonisation avait été un enfer ayant causé la mort de millions de Noirs, au nom du monarque Léopold II, qui avait pris possession de ce territoire grâce à ce grand découvreur qu’était Stanley. Ce bagne, Adam Hochschild entreprend d’en raconter l’histoire, de même que celle de sa dénonciation par les premiers courants humanitaires.

Première piqûre de rappel effectuée par l’auteur : les fameuses expéditions de Stanley (« Docteur Livingstone, je présume ? »), colorées d’une légende épique, avaient été sanglantes, ce célèbre explorateur n’hésitant pas à punir de mort ses serviteurs noirs, posant les jalons de ce qui serait l’un des pires régimes de terreur jamais imposés en Afrique à la fin du XIXe siècle. Léopold II avait, suite à d’obscurs calculs politico-diplomatiques, réussi à rafler la mise, et avait profité du statut particulier du Congo colonial, qui n’était autre qu’une propriété personnelle du Roi des Belges, pour y mener une politique conforme à ses ambitions personnelles, à base d’exploitation économique et de répression tous azimuts. La Belgique n’y trouvait rien à redire : le Congo était un territoire immense, symbole de la puissance coloniale belge (dès lors supérieure à celle du menaçant voisin allemand), riche en ressources naturelles et possédant une main d’œuvre bon marché, car corvéable à merci.

Les atrocités étaient si nombreuses qu’elles avaient été, pour ainsi dire, érigées en système. Les bourreaux blancs avaient ainsi pris la funeste habitude de laisser des traces sur leurs victimes, en leur tranchant les mains. Il est d’ailleurs surprenant de constater que la mémoire européenne de l’événement soit si frappée d’amnésie, tant l’horreur rejoint amplement celle des génocides du XXe siècle, même s’il s’agit là de la conséquence inhumaine d’une stratégie colonialiste égoïste.

Cette gigantesque réduction en esclavage trouva des adversaires résolus, en l’occurrence le journaliste britannique Edmund Dene Morel, aidé d’autres missionnaires et enquêteurs, lesquels parvinrent à réveiller la conscience internationale, même si les protestations émanant de divers milieux reflétaient quelques arrière-pensées politiciennes. Hochschild commet d’ailleurs une erreur d’appréciation dans l’analyse des motivations de Morel, un peu trop facilement assimilé à un idéaliste humanitaire. C’est en effet ce même Morel qui, quinze ans plus tard, s’en prit violemment aux troupes coloniales françaises cantonnées dans la Ruhr en 1923, dénonçant le « péril noir », propre à souiller les femmes blanches en raison de la « bestialité impossible à réfréner » de ces « barbares primitifs ». Bref, Morel s’attaquait davantage à la Belgique – puis à la France quinze ans plus tard – qu’il ne défendait la cause des Noirs, qu’il méprisait, en tant que vaillant adepte du colonialisme, seule voie permettant, à ses yeux, de civiliser l’Afrique.

Hormis cette réserve, il faut considérer que l’ouvrage d’Adam Hochschild constitue un brillant rappel de ce premier affrontement entre un système criminel et une action de dénonciation humanitaire. Il est bon de garder en tête que la tragique situation de l’Afrique des grands lacs résulte d’abord et avant tout de cette catastrophe coloniale qu’a représenté la mise au pas de cette région par Léopold II et ses agents.

Nicolas Bernard

Titre : Les fantômes du roi Léopold. La terreur coloniale dans l’Etat du Congo 1884-1908
Auteur : Adam Hochschild
Editeur : Tallandier
Collection : Texto
Nombre de pages : 618
Publication : mars 2007
Prix : 12 €
ISBN : 978 2 84734 431 8

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