Les grands discours parlementaires de la Révolution. De Mirabeau à Robespierre (1789-1795)

grands_discours_revolutionLorsqu’en 1789 le politique échappe au prudent secret des cours et se répand dans l’espace public comme une traînée de poudre, l’éloquence se détache enfin des formules sacrées de la chaire pour acquérir un véritable statut universel. Les orateurs s’improvisent, clubs et assemblées retentissent de mots séditieux, d’imprécations, de philippiques. Pétris de culture antique, nourris au lait de Plutarque et de Cicéron, les tribuns révolutionnaires façonnent de leur voix une France nouvelle, adossée à la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. La soif de liberté confère au discours une sonorité grave et édifiante qui n’exclut ni l’emphase ni le pathétique.

La plupart des orateurs sont des hommes jeunes au tempérament passionné, dont l’ardeur lyrique enflamme les foules. Mirabeau s’impose à la Constituante par sa carrure étonnante et son masque hideux, sa fougue indomptable et ses images chatoyantes, parfois même prophétiques. Son émule talentueux, le bouillonnant Vergniaud, est d’une éloquence plus souple, alanguie par ses rêves humanitaires. Il trouve pourtant des accents virils pour appeler aux armes en 1792 et déploie en faveur des Girondins aux abois une dialectique désespérée.

Si les deux premières législatures ne connaissent guère les écarts de langue ou les propos calomnieux, l’élection de la Convention fait hélas de l’Assemblée une tribune sanglante. Il n’est plus question de charmer l’auditoire par un discours harmonieux et magique, mais d’insuffler au verbe une puissance exterminatrice. Quand l’éloquence préfère l’épuration à la persuasion, les têtes tombent aisément. Vainqueur des Girondins, Danton domine le peuple par sa voix impétueuse et brutale, jusqu’au jour où il est lui-même victime des Comités dominés par la figure de Robespierre qui, à la différence de son ami Saint-Just, dont la phrase sèche et tranchante est celle d’un homme d’action, doit suppléer au défaut d’enthousiasme par son argumentation serrée et la vertueuse austérité de ses principes. Après Thermidor, le calme revient. A l’onde furieuse succède l’ennui. Bientôt le verbe se tarit et le silence s’impose.

Les discours parlementaires rassemblés dans ce beau florilège par les soins de Jean Garrigues mêlent les grands textes fondateurs et les diatribes acrimonieuses. Ces petits trésors de la parole politique, judicieusement annotés par Guy Chaussinand Noguaret, réveillent un monde à peine assoupi et dévoilent les origines de la France républicaine dans un saisissant tableau aux tonalités lumineuses et obscures.

Nicolas Pavillon

Titre : Les grands discours parlementaires de la Révolution
Auteurs : Sous la direction de J. Garrigues, préface de J.-L. Debré, président de l’Assemblée nationale ; textes présentés par G. Chaussinand-Nogaret
Editeur : Editions Armand Colin
Format : 160 x 240 mm
Nombre de pages : 272
Publication : février 2005
Prix : 20 €
ISBN : 2-200-26831-9

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