Les Pitt. L’Angleterre face à la France (1708-1806)

pittJusqu’à l’avènement de Winston Churchill, quand l’Europe se trouvait au bord du gouffre, aucun homme d’Etat n’avait rendu à l’Angleterre de services comparables à ceux de William Pitt. Certes, mais lequel ? Etait-ce le comte de Chatham, ministre des Affaires étrangères et Chef du Cabinet de 1757 à 1761, ou son fils William, surnommé le Second Pitt, qui parvint à garder le pouvoir de 1783 à 1801 ? Selon Edmond Dziembowski, agrégé d’Histoire et maître de conférences à l’Université de Franche-Comté, il serait vain de vouloir les dissocier. A ses yeux, William Pitt fut d’abord un personnage, « une créature politique », surgie quelque part entre l’époque de Walpole et le commencement de la guerre de Sept Ans. La créature revêtit deux facettes, qui reflétèrent, tout à tour, une même volonté indomptable. L’honnêteté rigide, l’amour fanatique de la Grande Bretagne, l’énergie entêtée et l’orgueil passèrent de père en fils. Les Pitt agirent en ayant conscience qu’ils façonnaient l’Histoire, et sculptèrent la statue qu’ils prétendaient léguer à la postérité. Il y eut de surcroît une troublante similitude de destin. Les deux hommes s’appuyèrent sur la nation pour accéder au pouvoir. Puis, quand rien ne semblait le compromettre, ils l’abandonnèrent en pleine guerre. Enfin, le père et le fils revinrent sur la scène politique auréolés de prestige, dotés d’une autorité sans équivalent dans les annales britanniques.

D’abord officier de cavalerie, mais bientôt tourmenté par la goutte, le comte de Chatham se tourna vers la politique. Une fois élu, il attaqua sévèrement son rival Walpole et s’imposa au Parlement par son éloquence enflammée, qui devait lui valoir le titre de great commoner, « le grand député des Communes ». Pitt devint l’homme politique le plus populaire de Grande Bretagne : le peuple admirait son sens de la rhétorique, que Walpole compara à l’aiguillon empoisonné d’une « guêpe irritée ». La foi qu’il avait dans la destinée de son pays gagna tous les esprits. A l’aube de la guerre de Sept Ans, quand la fortune penchait contre l’Angleterre, il fut porté au pouvoir par le sentiment national et tint un discours dont la tonalité annonçait le souffle d’un Churchill : « Je sais que je puis sauver cette nation, et je sais qu’aucun autre ne peut le faire ». Le ministère de Pitt fut éphémère, mais ses quatre années lui suffirent pour accomplir une œuvre immense. Lorsqu’il s’en alla, les Anglais avaient enlevé aux Français le Canada et l’Inde, ils avaient conquis enfin la suprématie maritime et coloniale convoitée depuis si longtemps.

Son fils avait vingt-quatre ans seulement quand il fut appelé par le roi George III. Le Second Pitt ressemblait à son père par la confiance qu’il avait en lui, son tempérament impérieux, sa dignité hautaine. Il fit preuve cependant de qualités originales : orateur moins passionné que son père, il fut un homme d’Etat plus complet, aussi habile dans le gouvernement intérieur et l’administration de la richesse publique que dans le secret des manœuvres diplomatiques. A peine sortie de la guerre d’Indépendance, l’Angleterre paraissait si affaiblie que beaucoup prophétisaient sa décadence et sa ruine. Ces craintes pessimistes furent vite démenties. En peu de temps, le jeune ministre sut restaurer la prospérité anglaise par une politique mesurée et libérale. A l’étranger il se montra, comme son père, l’un des ennemis les plus farouches de la France. Au nom des mêmes intérêts qui lui avaient dicté, en 1786, la signature d’une alliance économique, Pitt engagea résolument l’Angleterre dans une « guerre d’extermination » contre la France révolutionnaire en 1793. Il fut l’âme de trois coalitions, dont la dernière vola en éclats le jour d’Austerlitz, mais la victoire de Trafalgar, scellée une année plus tôt, renfermait les germes de la chute de l’Empire et de la prépondérance britannique. Dans son double portrait, l’auteur dévoile un long siècle de rivalité franco-anglaise telle qu’il fut vécu par-delà la Manche. Ce point de vue singulier ajoute une pierre importante à l’édifice historiographique de l’époque moderne.

Nicolas Pavillon

Titre : Les Pitt, l’Angleterre face à la France (1708-1806)
Auteur : Edmond Dziembowski
Editeur : Perrin
Nombre de pages : 579
Publication : mars 2006
Prix : 25 €
ISBN : 2-262-01381-0

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