Napoléon face aux Juifs

napoleon_juifsA l’époque du Consulat, Bonaparte avait évoqué sa manière fort particulière de concevoir le sacré : « C’est en me faisant catholique que j’ai mis un terme à la guerre en Vendée, en me faisant musulman que je me suis établi en Egypte, en me faisant ultramontain que j’ai gagné les esprits en Italie. Si je gouvernais un peuple juif, je rétablirais le temple de Salomon ». Ce fut précisément ce qu’il fit en créant le Grand Sanhédrin, en 1807. Pour que l’ordre régnât, il lui fallait poser les fondements d’une véritable réconciliation religieuse, sans jamais renier les idées enfantées par le siècle des Lumières et la Révolution. Aussi paraissait-il impensable de troubler la liberté des consciences ou de toucher aux bien nationaux prélevés sur les terres de l’Eglise. Au lendemain des persécutions directoriales, la préoccupation essentielle du Premier Consul fut de signer un Concordat avec l’Eglise. Mais en 1806, Napoléon, devenu Empereur des Français, se pencha avec la résolution qui lui était coutumière sur l’organisation du culte judaïque afin de résoudre les multiples difficultés liées à cette épineuse question.

Alors même qu’il guerroyait contre la Prusse et la Russie, qu’il jonglait avec d’innombrables décrets politiques et économiques, qu’il s’appliquait à réformer les arts et les constructions, Napoléon étudia la religion d’Abraham dans ses moindres détails, ne voulant offenser aucune branche du judaïsme multiforme de son Empire. Il réunit une Assemblée de notables juifs en 1806 afin d’aplanir les divergences entre la tradition juive et le Code civil, proscrire l’usure et éprouver la fidélité de la communauté juive envers le régime. Des réponses de ses invités, il constitua le Grand Sanhédrin, transposition moderne de l’antique institution, composée de 71 membres dont la plupart étaient rabbins. Ses actes devaient accompagner la Torah pour servir la législation religieuse. Si la Révolution avait bien émancipé les juifs individuellement, ce fut l’Empereur qui prêta au judaïsme un statut analogue à la religion catholique ou protestante. A l’heure des célébrations du bicentenaire du Consistoire, cet essai pénétrant tâche de démêler les fils d’une relation complexe, issue d’une quête de rationalisation.

Le dessein impérial n’était guère exempt de calculs politiques. Il s’agissait moins en effet d’accorder de l’importance à l’idée de tolérance que de dresser des « citoyens utiles », de bons Français. Le 17 mars 1808 vint même un décret interdisant l’installation des juifs en Alsace et abolissant toutes les dettes dont ils étaient les créanciers. Comme le dit judicieusement Lilly Marcou, « l’histoire des rapports de Napoléon avec les juifs est faite de légendes et de réalité, de sympathie et de contrariété, d’attention et d’exaspération ». Malgré son essence parfois vexatoire, la législation impériale compléta heureusement les dispositions audacieuses léguées par la Révolution et facilita l’assimilation des juifs dans le corps national. Réprimant l’usure, non sans arbitraire certes, elle ôta tout prétexte aux soulèvements populaires antisémites. En ce domaine, l’œuvre de Napoléon survécut à son système et demeure, aujourd’hui même, la charte du judaïsme français.

Nicolas Pavillon

Titre : Napoléon face aux Juifs
Auteur : Lilly Marcou
Editeur : Pygmalion
Nombre de pages : 180
Publication : janvier 2006
Prix : 18 €
ISBN : 2-85704-958-7

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s