Violence et Révolution. Essai sur la naissance d’un mythe national

violence_revolutionLe lien unissant la violence à la Révolution est un vieux serpent de mer, qui depuis plus deux siècles nourrit de vives polémiques. Longtemps ennemis et laudateurs de la Révolution firent de la question une pomme de discorde, un foyer d’incendie que le temps ne parvient guère à éteindre. L’idée de proposer une lecture dépassionnée de ce dialogue relevait de la gageure, mais cela n’empêcha pas Jean-Clément Martin de s’atteler à la tâche. Pour jauger sereinement l’Histoire d’une telle époque, il convenait de bannir le principe d’une Révolution violente par essence, à l’opposé de la théorie énoncée par Patrice Gueniffey, de ne jamais prendre les discours révolutionnaires au pied de la lettre, de restaurer la trame factuelle dans tout son éclat et de se garder de confondre violence et Terreur. Il ne s’agissait pas davantage de ciseler le recueil de toutes les violences commises ni d’écrire le martyrologue des victimes, car l’œuvre eût aussitôt sombré dans le domaine de la mémoire, au détriment de l’Histoire. Jean-Clément Martin s’attache plutôt à rendre vivant le tableau de violences polymorphes, contradictoires et même chaotiques, sans postuler a priori d’unité dans ce concert discordant.

La violence révolutionnaire pourrait se comprendre comme l’effet engendré par l’éclosion de la question politique en tant que telle, qui bouleversa une société certes en mesure de réfléchir sur elle-même, mais bien incapable de contrôler et de comprendre ses contradictions. Le pays tenait ces dernières de l’héritage d’Ancien Régime. La violence était en effet omniprésente à la fin du XVIIIe siècle, imprégnant les coutumes judiciaires et les habitudes quotidiennes de la population. Fort heureusement, l’auteur ne prétend pas forger de fausses symétries entre la Monarchie et la Révolution ou gommer les particularités des massacres de Septembre, de la Terreur et des horreurs perpétrées dans l’Ouest. Quand une violence d’origine essentiellement sociale sévissait peu de temps avant 1789, en raison de l’étiolement des liens communautaires et du marasme économique (que l’opinion reprochait aux ordres privilégiés), la dissolution de l’autorité publique ouvrit lentement la boite de pandore de la violence politique. La nature ayant horreur du vide, les révolutionnaires imaginèrent de canaliser les violences libérées. La France connut alors une politisation de la violence, qui préfigurait la modernité, mais la dimension politique recouvrait par ailleurs d’incessantes querelles de pouvoir et des vengeances portant les germes d’une affreuse guerre civile. Inlassablement manipulées, les violences finirent par déborder toutes les élites qui en jouaient.

Les rivalités politiques affectaient tout le pays et l’ensemble de la pyramide sociale, obligeant les Français à définir ce que devait être la vie politique. Jean-Clément Martin rend compte ainsi de la naissance de nouvelles habitudes de pensée. A ses yeux, la France de l’été 1793 ne représentait ni la citadelle du progrès assiégée par la réaction, ni le socle d’un Etat totalitaire. Elle errait au confluent d’un monde agonisant et d’une vie nouvelle. Le libre jeu des acteurs s’exacerba les années suivantes, jusqu’à la confiscation de la violence par le régime directorial. Seule l’édification d’un Etat digne de ce nom en 1795 sauva la nation à peine engendrée du naufrage que lui promettait la violence révolutionnaire. Il n’était point aisé d’embrasser les ondoiements d’icelle, loin des écueils du manichéisme et de la caricature. L’œil critique de Jean-Clément Martin triomphe pourtant de l’obstacle en dévoilant une Révolution démystificatrice, impatiente de vérifier les limites du pouvoir politique et de la liberté humaine.

Nicolas Pavillon

Titre : Violence et Révolution
Auteur : Jean-Clément Martin
Editeur : L’Univers historique-Seuil
Nombre de pages : 343
Publication : avril 2006
Prix : 23 €
ISBN : 2-02-043842-9

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