Hubert Masarik, le dernier témoin de Munich. Un diplomate tchécoslovaque dans la tourmente européenne (1918-1941)

masarikAntoine Marès, grand spécialiste de l’Europe centrale, propose dans ce livre une traduction des mémoires d’Hubert Masarik (1896-1982), rédigées dans les années soixante et publiées après bien des péripéties en 2002 en langue tchèque grâce à l’action énergique de son fils, Georges Masarik ; l’écrasement du printemps de Prague en 1968 ayant empêché cette entreprise.

Diplomate en poste à Bruxelles puis à Sofia, secrétaire de la section des minorités à la SdN, Hubert Masarik a été l’un des deux membres de la délégation tchécoslovaque lors des négociations de Munich en septembre 1938, à l’occasion desquelles le territoire frontalier des Sudètes a été livré à l’Allemagne hitlérienne par les grandes puissances européennes : Italie, Grande-Bretagne et France. Au sein du gouvernement du protectorat allemand de Bohême-Moravie, il est l’un des plus proches collaborateurs du général Elias jusqu’à la fin de l’année 1941. Arrêté d’abord par les nazis, puis par les communistes après guerre, Hubert Masarik représente de manière particulièrement pertinente cette élite née au lendemain de la Première Guerre mondiale, issue d’un milieu modeste et petit bourgeois, puis écartée brusquement et radicalement des sphères de pouvoir dans les années quarante.

Eclairant sous un jour nouveau l’histoire de l’Europe centrale de l’entre-deux-guerres, ces mémoires donnent à voir la perception de l’évolution politique et diplomatique de cette région par un haut-fonctionnaire qui, sans être aux commandes, n’en a pas moins été un rouage important de l’administration de ce jeune pays né en 1918. Il vient s’ajouter et compléter les différents – mais déjà anciens – écrits autobiographiques traduits pour cette période et cette aire géographique (mémoires du colonel Beck en Pologne, souvenirs de Gafencu pour la Roumanie…).

S’il ne contient pas de révélations fracassantes ignorées de l’historiographie, ce livre n’en suggère pas moins l’état d’esprit d’un homme de son temps, confronté aux épreuves qu’a rencontrées son pays et amené à réfléchir sur l’évolution radicale du rapport de force européen. Ces mémoires sont également le fruit d’un homme politisé (au centre-gauche), qui n’a pas échappé aux querelles inhérentes à cet engagement comme le montre la farouche hostilité d’Edvard Benes à son endroit. S’intéressant à de nombreux sujets politiques, économiques ou encore sociaux, Hubert Masarik est resté loin d’un quelconque devoir de réserve et n’a jamais hésité à publier ou à parler franchement, laissant transparaître la figure d’un homme résolu et lucide quoique peu sujet à l’autocritique et prompt à pointer les responsabilités de ses collègues ou des dirigeants étrangers.

Ajoutons, pour terminer, que ce beau livre comporte un cahier central de photographies inédites de seize pages. Il faut enfin souligner le courage éditorial des éditions Noir sur Blanc pour avoir publié cet ouvrage. Le thème ici abordé, tant celui de l’entre-deux-guerres que celui de l’histoire de l’Europe centrale et orientale, est effectivement difficile et souvent ignoré par les maisons d’édition.

M. B.

Titre : Hubert Masarik, le dernier témoin de Munich
Traducteur : Antoine Marès (du tchèque)
Format : 240 x 150 cm
Nombre de pages : 400
Publication : octobre 2006
Prix : 25 €
ISBN : 978-2-88250-176-9

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