Les procès de Moscou (1936-1938)

proces_moscouDécembre 1934 marque tout autant l’assassinat de Sergueï Kirov – d’ailleurs jamais véritablement élucidé – et le point de départ d’une purge sans précédent qui a frappé des milliers de responsables soviétiques, à tous les niveaux. De ces grandes purges, on n’a le plus souvent retenu que la partie émergée de l’iceberg ; à savoir les trois grands procès de Moscou qui se sont tenus en 1936, 1937 et 1938. C’est au cœur de cette logique propre au régime en général et à Staline en particulier que Nicolas Werth, historien spécialiste reconnu de l’URSS et du communisme, s’est intéressé dans cet ouvrage, nouvelle édition revue et augmentée d’un premier livre publié en 1987.

S’il faut retenir quelques figures, Zinoviev et Kamenev sont sans conteste les plus connues. Ils venaient en effet immédiatement après Lénine et Trotsky dans la hiérarchie des dirigeants soviétiques au milieu des années vingt. Si l’auteur s’intéresse à la mécanique propre du montage juridique flagrant auquel s’est livré Staline pour se débarrasser d’adversaires pourtant déjà très affaiblis politiquement, il n’en démontre pas moins le caractère mystificateur de cet « événement-spectacle » qui a caché aux yeux de tous, et en premier lieu à ceux d’observateurs étrangers dubitatifs, l’immense purge politique qui aurait touché 1 500 000 victimes.

En fin de compte, ces parodies de justice permettent d’analyser et de mieux comprendre une pratique politique particulière, fondée sur des rites originaux, au premier rang desquels on trouve l’autocritique. Imprégnée idéologiquement, l’élite soviétique en vient à considérer la « culpabilité politique » comme un crime passible des plus sévères sanctions. À ce titre, elles ne constituent pas seulement l’aboutissement d’une lutte politique de dix ans ayant opposé Staline à ses adversaires politiques. Le mythe du complot (en l’occurrence trotskyste-zinoviéviste), la paranoïa du régime incarné par Staline – bien étudiée d’ailleurs par Annie Kriegel que cite abondamment Nicolas Werth – servent une illusion politique « marquée par le refus d’analyser les causes réelles des échecs et des difficultés d’un système qui affirme être parvenu [au] socialisme. »

Ils s’inscrivent également dans un contexte de conflits sociaux et politiques ignorés par les plus hautes instances de l’Etat. Ces tensions ont longtemps été niées au profit d’une explication simpliste les cantonnant à un affrontement vieille garde – bureaucratie stalinienne et que remet vigoureusement en cause Nicolas Werth. La « théâtralisation » qui transparaît lors des dépositions des accusés joue donc un rôle didactique éminent dont les accents populistes sont évidents. L’auteur plaide ainsi pour une analyse polysémique de ces événements, la seule en mesure de dissiper un tant soit peu le caractère irrationnel de ces fameux procès de Moscou.

M. B.

Titre : Les procès de Moscou
Auteur : Nicolas Werth
Editeur : Editions Complexe
Nombre de pages : 224
Publication : septembre 2006
Format : 115 X 180 mm
Prix : 10,50 €
ISBN : 2-8048-0101-2

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