Difficile démocratie. Les idées politiques en Europe au XXe siècle (1918-1989)

Difficile_DémocratieL’ouvrage de Jan-Werner Müller est un essai ambitieux tant le champ chronologique et intellectuel qu’il entend embrasser est vaste et hétérogène. Le paradigme qu’adopte l’auteur se veut résolument novateur. Jan-Werner Müller considère en effet que pour réellement comprendre les drames du XXe siècle européen, il est nécessaire de sortir de l’idée que celui-ci fut une ère de haine univoque teintée d’un irrationalisme extrémiste qui empêche d’entendre que les Européens du temps – et pas seulement les intellectuels – ont vu « des réponses valables à leurs problèmes dans les idéologies » du moment. C’est là taper au coin du bon sens, mais encore fallait-il que ce soit dit et écrit.

On l’aura compris, Jan-Werner Müller veut expliciter « sans recourir à la trop facile explication par la pathologie ». L’auteur considère que pour ce faire, on ne peut se satisfaire de l’histoire des idées telle qu’elle a été faite jusqu’ici. Celle-ci apparaît trop désincarnée, trop abstraite en somme pour faire sens. Jan-Werner Müller veut donc enfoncer son coin d’historien dans cet entre-deux, au point de jonction entre la pensée politico-académique et la création/destruction des institutions politiques. Il cherche donc à démontrer le jeu et tente de quantifier – ce qui apparaît comme très difficile – cet agent qu’est « l’influence ».

Aussi, Jan-Werner Müller s’intéresse dans un premier temps aux « figures-passerelles », qu’elles soient philosophiques, politiques, juridiques, administratives même sans tout centrer sur l’Etat: partis, conseils, associations influentes entrent en considération dans son propos. Et cela avant d’adopter un récit plus chronologique, de l’entre-deux-guerres à l’effondrement du bloc de l’Est.

Les après-guerre, en 1919 et en 1945, marquent des moments de retour à la démocratie qu’analyse avec finesse Jan-Werner Müller. L’historien démontre effectivement que le temps de la démocratie qui surgit après le premier conflit mondial ouvre la porte à un débat entre Etats parlementaires incarnant, aux yeux du monde et surtout d’eux mêmes, la seule réalité possible pour une véritable démocratie ; et d’autres Etat – tel l’Italie fasciste – qui entendaient contester la valeur démocratique des régimes parlementaires libéraux pour démontrer que seule la conception fasciste/nazie/soviétique de l’exercice du pouvoir était réellement populaire car vecteur d’égalité réelle.

Jan-Werner Müller insiste également sur le fait qu’après la Seconde Guerre mondiale, les démocraties occidentales étaient tout autant opposées à l’idée d’une souveraineté populaire illimitée aux « démocraties populaires » puis « socialistes ». Aussi, l’auteur tend à remettre en question l’idée selon laquelle la démocratie connut son âge d’or dans les années quarante et cinquante : ce sont bien les forces conservatrices modérées – la démocratie chrétienne – qui ont, selon lui, modelé les Etats refondés. Cette genèse explique les rébellions des années soixante et soixante-dix qui ont contribué à la recherche d’une solution, c’est-à-dire à l’invention d’un nouveau modèle de développement, néo-libéral, dans les années soixante-dix et quatre-vingt.

M. B.

Titre : Difficile démocratie. Les idées politiques en Europe au XXe siècle (1918-1989)
Auteur : Jan-Werner Müller
Editeur : Alma Editeur
Nombre de pages : 558
Publication : octobre 2013
Prix : 24,90€
ISBN : 979-2-36-279091-1

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