Edvard Beneš. Un drame entre Hitler et Staline

BenesLa figure d’Edvard Beneš (1884-1948) incarne tout à la fois l’histoire de la Tchécoslovaquie indépendante, née de la Grande Guerre, mais aussi sa fin tragique. Il n’est donc pas seulement une personnalité historique majeure de la Nation tchèque mais également un acteur fondamental d’une histoire européenne particulièrement tumultueuse, du premier après-guerre au second.

Ministre des Affaires étrangères pendant dix-sept ans, puis deuxième président de la République tchécoslovaque, Beneš est d’abord un des pères de la Nation, aux côtés de Tomáš G. Masaryk et dans une moindre mesure de Milan Rastislav Štefánik, et l’un des principaux fondateurs et organisateurs de l’État tchécoslovaque dont il obtient la reconnaissance par les alliés. Il devient rapidement, par la suite, un des artisans du système international qui s’installe après la paix de Versailles alors que la position géostratégique de la Tchécoslovaquie lui impose de trouver de solides garanties de sécurité pour son pays.

Sans être absent du jeu politique national, où il occupe naturellement une place, son statut de dauphin désigné de Masaryk lui confère une position si ce n’est marginale mais tout de même quelque peu à part. C’est pourtant en matière de politique extérieure que Beneš se trouve confronté aux plus grands enjeux. Malgré ses efforts sur la scène diplomatique avant comme pendant la crise, il est effectivement impuissant à empêcher l’assujettissement de son pays suite aux accords de Munich de septembre 1938. De nouveau exilé à la veille de la Seconde Guerre mondiale, comme il l’avait été pendant la première, il est tout aussi désarmé lorsque, redevenu chef de l’État en 1945, il ne sait s’opposer efficacement à la prise de contrôle du pays par le parti communiste en février 1948.

Malgré ce parcours aussi brillant que tragique, Beneš est pourtant, en France, un responsable politique oublié, si ce n’est des spécialistes du moins du grand public. Cette méconnaissance est d’autant plus dommageable que, francophile, Beneš a été un des principaux alliés et l’allié le plus fidèle de la France de l’entre-deux-guerres. A la différence de la Yougoslavie, de la Pologne, et dans une moindre mesure de la Roumanie, la Tchécoslovaquie, sous la direction de Beneš, n’a jamais cédé aux avances de Berlin, même après la remilitarisation de la Rhénanie dont les conséquences ont été désastreuses pour l’image, mais surtout l’influence, de Paris à l’Est de l’Europe. Ce là un des enseignements cruels du livre d’Antoine Marès qui démontre brillamment que la Tchécolosvaquie de Beneš, si elle était certes l’allié le plus aligné sur la politique française, n’a jamais réellement constitué une priorité pour la France.

C’est enfin le portrait d’un intellectuel européen de son temps que brosse l’auteur. Antoine Marès revient ainsi sur le bilan critique de l’historiographie consacrée à Beneš, de son vivant, sous l’ère communiste, et depuis l’effondrement du Bloc de l’Est. Que ce soit quant à ses échecs en politique extérieure, son action vis-à-vis des minorités slovaques ou allemandes, ses orientations ou ses choix contestés, l’auteur, sans tomber dans l’hagiographie, note que Beneš a d’abord toujours été un homme de convictions, très investi par ses responsabilités au point d’y sacrifier sa santé. Il apparaît aussi qu’il est toujours resté fermement campé sur ses conceptions démocratiques de l’exercice du pouvoir, dans une Europe succombant aux sirènes du totalitarismes. Et si la méthode de Beneš, qui fut celle du dialogue, du compromis, de la juste mesure du rapport de force ne fut pas toujours couronnée de succès, Antoine Marès constate surtout que les moyens dont disposaient Beneš et la Tchécoslovaquie pour constituer un pont entre l’Est et l’Ouest dans un cadre international consenti n’étaient pas suffisants. Et que, d’ailleurs, tous les autres « petits » pays d’Europe centrale et orientale ont été de la même manière balayés par la lame de fond de l’affrontement des grandes puissances.

M. B.

Titre : Edvard Beneš. Un drame entre Hitler et Staline
Auteur : Antoine Marès
Editeur : Perrin
Nombre de pages : 506
Publication : janvier 2015
Prix : 26,00 €
ISBN : 979-2-262-03623-2

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