Paul Bert. L’inventeur de l’école laïque

paul_bertPaul Bert, comme le souligne son biographe Rémi Dalisson, est un « glorieux oublié de la République ». Docteur en droit (1857) et en médecine (1864), brillant scientifique de la seconde moitié du XIXe siècle, ses travaux relatifs à la pression barométrique ou encore à l’hyperoxie ont fortement fait progresser les connaissances sur la physiologie de la plongée sous-marine. Mais Paul Bert a surtout été un intellectuel engagé en politique. Préfet du Nord, puis député de l’Yonne de 1872 à 1876, ministre de l’Instruction publique et des Cultes du gouvernement Gambetta de novembre 1881 à janvier 1882, il achèvera sa carrière comme premier résident général au Tonkin et en Annam où il meurt du choléra en 1886.

Ce libre penseur, anti-clérical, est aujourd’hui relativement tombé dans l’ombre car il a été occulté « par la postérité de Jules Ferry ». Pourtant, Paul Bert est bel et bien « le second rédacteur des lois scolaires ». Comme Ferry, ce constructeur de l’école républicaine était un partisan de la colonisation. Il a, il est vrai, utilisé dans son œuvre le terme de « races », il a également exposé des théories « racialistes », largement partagées par ses contemporains. Pour autant, Rémi Dalisson n’en conteste pas moins la volonté de certains, au début du XXIe siècle, de réduire Paul Bert à un théoricien du racisme destiné à être expulsé de la mémoire nationale. En historien, le biographe de Paul Bert cherche dans cet ouvrage à « contextualiser un homme, son œuvre, son univers mental et ses références » ; bref à étudier ce personnage en historien, et pas en juge ; à refuser l’anachronisme en gardant à l’esprit que la « vulgate scientifique d’une époque ethnocentrée » ne peut constituer le seul argument valable à la disqualification mémorielle de Paul Bert.

Articulée autour de deux grands axes – le parcours de Paul Bert d’une part, et les controverses liées à sa mémoire d’autre part – Rémi Dalisson, sans jamais faire l’impasse sur les questions qui fâchent (le lien toujours discuté entre colonialisme et République notamment), brosse un portrait tout en nuances de ce personnage chez qui le combat pour la République, pour la Patrie, et surtout celui pour la laïcité occupent l’essentiel de l’action de l’homme public. L’œuvre pédagogique de Paul Bert – notamment au ministère de l’Instruction publique – est en ce sens tout à fait révélatrice de cette volonté. Et l’étude de la morale laïque et républicaine de Paul Bert permet à Rémi Dalisson de conclure cet intéressant ouvrage en élargissant la réflexion sur l’école à ses évolutions récentes. L’actualité de notre temps, qui voit une certaine remise en cause de la tradition républicaine et laïque de l’école, qui voit aussi l’émergence d’une forme certaine de crispation identitaire, rend aux questionnements civiques de Paul Bert un intérêt tout particulier.

M. B.

Titre : Paul Bert. L’inventeur de l’école laïque
Auteur : Rémi Dalisson
Éditeur : Armand Colin
Nombre de pages : 335.
Publication : septembre 2015
Prix : 22 €
ISBN : 978-2-200-28595-1

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