Ravaillac

ravaillacSi, quatre siècles auparavant, Henri IV sortait de l’Histoire pour appartenir à la légende, François Ravaillac, lui, y entrait de manière fracassante – et meurtrière. Depuis, nous n’en finissons pas d’en dresser le constat. Car si le « bon Roi Henri », quoique controversé, demeure une figure étudiée sous toutes les coutures, qui était donc son assassin ? Un raté ? L’instrument d’un complot réunissant des personnalités haut placées ? Un rejeton égaré du souverain soucieux de se venger ? Le journaliste Jean-François Bège, originaire du Béarn, à l’instar de notre ancien monarque, s’est intéressé aux circonstances de l’assassinat d’Henri IV et à la personnalité du tueur.

Le propos est synthétique, volontiers intimiste, ce qui est, d’une certaine manière, dommage, car l’on aurait aimé en savoir davantage sur cet assassin dont le geste a si bien marqué notre Histoire que son nom reste à jamais associé à sa victime. L’ouvrage ne s’intéresse pas uniquement à Ravaillac, qu’il présente comme un marginal déséquilibré, donnant un sens à ses délires par la foi la plus fanatique, mais loin d’être un médiocre pour autant – car l’individu était instruit. M. Bège présente également les différentes théories intéressant le trépas inopiné d’Henri IV, pour en exposer les apports et les limites. Deux d’entre elles lui semblent les plus crédibles, même s’il faut avouer qu’elles restent discutables, à savoir l’implication du Duc d’Epernon et l’intervention d’une escouade de tueurs mandatés par l’Archiduc Albert de Habsbourg exposée par J.-.C. Petitfils. Petit impair, M. Bège ne se révèle pas suffisamment critique envers une autre hypothèse impliquant l’entourage de la Reine, « explication » pourtant farfelue et réfutée par Jean-François Dubost dans sa récente biographie de Marie de Médicis.

Enfin, M. Bège remet Ravaillac à sa place, dans la longue liste des assassins politiques, de Jacques Clément poignardant Henri III (mais bien moins intéressant du fait de l’impopularité pluriséculaire, et pas nécessairement justifiée, de sa victime) à Maxime Brunerie, qui tentera de tuer Jacques Chirac au cours du défilé sur les Champs-Elysées du 14 juillet 2002, en passant par les anarchistes, Lee Oswald, James Earl Ray, Sirhan Sirhan, Bonnier de la Chapelle, Ygal Amir, Ali Agça… La méthode se révèle instructive et pertinente, en ce qu’elle permet de dégager la spécificité du geste de Ravaillac, et notamment sur un point fondamental : à la différence de quantité de ses successeurs, le « géant roux » n’a pas agi pour détruire un régime, un système, ce genre de pensée « révolutionnaire » ne lui étant pas venue à l’esprit. Ravaillac, manipulé ou non, a visé Henri IV parce qu’il incarnait le vice rongeant la France de l’intérieur – bref, il a tué en qualité de « fou de Dieu ».

Il se dégage ainsi de l’ouvrage cette idée force selon laquelle Ravaillac paraît incarner les pulsions irrationnelles de l’époque, le retour en force de l’obscurantisme et de l’intolérance refoulés par des années de paix et de réconciliation des plus précaires. Ce qui n’est pas désavouer les théories du complot, dans la mesure où des intérêts bien compris, et plus pragmatiques, ont pu intervenir dans l’éventuelle utilisation de cet « agent du destin ». En d’autres termes, l’assassinat d’Henri IV illustre, plus que jamais, les Guerres de Religion, ce conflit mêlant querelles théologiques et haute politique.

Nicolas Bernard

Titre : Ravaillac, l’assassin d’Henri IV
Auteur : Jean-François Bège
Éditeur : Éditions du Sud-Ouest
Nombre de pages : 185
Publication : janvier 2010
Prix : 18 €
ISBN : 978-2817700045

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